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Obésité : notre second cerveau serait-il trop efficace ?



Des scientifiques de l’Inserm viennent de mettre en évidence qu’un régime riche en  graisse et en sucre empêche la destruction des neurones du système nerveux  entérique chez la souris. 

 

 

 

En ralentissant le vieillissement naturel de ce second cerveau, ce régime particulier contribuerait au développement de l’obésité. C’est la  conclusion surprenante d’un projet de recherche franco-allemand coordonné par  Michel Neunlist, directeur de recherche à l’Inserm et Raphaël Moriez de l’Unité Inserm  913  « Neuropathies du système nerveux entérique et pathologies digestives : implication des cellules gliales entériques » à Nantes.

 

Trop nombreux, ces neurones  seraient alors trop efficaces et accélèreraient la vidange gastrique. Cet effet pourrait  contribuer au développement de l’obésité en diminuant les signaux de satiété et en  augmentant ainsi la prise alimentaire. Ces travaux sont publiés dans The Journal of  Physiology.


En plus de notre cerveau qui contrôle l’ensemble des fonctions physiologiques, notre  organisme dispose d’un second cerveau chargé de réguler les fonctions digestives.

 

Cet autre cerveau, ou système nerveux entérique (SNE), est situé tout le long du tube digestif ; il est composé de plus de 100 millions de neurones faisant ainsi du tube digestif le second organe neurologique de notre corps.  Le  SNE joue un rôle central dans le contrôle de  nombreuses fonctions allant de la régulation de la motricité  digestive (vidange gastrique,  transit colique), à l’absorption des nutriments en passant par le contrôle des fonctions de la  barrière intestinale, barrière qui protège des agents pathogènes extérieurs. 

 

Depuis quelques années les chercheurs découvrent le  rôle clef du SNE, véritable acteur  dans de nombreuses pathologies non seulement digestives (maladies fonctionnelles  digestives, maladies inflammatoires chroniques intestinales) mais aussi extra-digestives  (maladie de Parkinson).

 

De manière surprenante, alors que l’obésité est une pathologie en  très nette augmentation et représente un véritable défi en santé publique, très peu de  données sur l’implication du rôle du SNE dans cette pathologie existent. Ceci est d’autant plus surprenant que le SNE joue aussi un rôle central dans le contrôle des fonctions clés  nécessaires à l‘absorption des aliments et aussi à la régulation de la prise alimentaire. 

 

Afin de disposer d’éléments plus précis sur le sujet, les chercheurs ont étudié  l’impact d’un  régime riche en sucre et graisse sur le SNE et ses répercussions sur la vidange gastrique et  le transit intestinal.


En empêchant la maturation du second cerveau un régime riche en graisse et en sucre  contribuerait au développement de l’obésité. Ces travaux ont mis en évidence, de manière inattendue, que ce régime administré à des souris jeunes, prévenait la perte de neurones observée normalement chez les animaux  contrôles au cours du temps.

 

« Nous pensons qu’en empêchant l’évolution naturelle du système nerveux entérique au cours du temps, le régime riche en graisse et sucre empêcherait le tube digestif de s’adapter  à un régime correspondant à l’âge adulte et maintiendrait son phénotype jeune  correspondant à une période de la vie où la prise alimentaire est maximale » déclare  Raphaël Moriez ».


D’un point de vue fonctionnel, cette neuroprotection induite par le régime hypercalorique  conduit à une modification des fonctions gastriques. Ainsi, chez les animaux recevant le  régime riche en graisse et sucre, la vidange  gastrique est trop rapide par rapport aux animaux  contrôle et pourrait directement contribuer au développement de l’obésité en  diminuant les signaux de satiété et en augmentant ainsi la prise alimentaire.

 

Ce même  phénomène d’accélération de la vidange gastrique est observé chez les patients obèses. D’un point de vue physiologique, cet effet ‘neuroprotecteur’ du régime hypercalorique est  associé à une augmentation de la production gastrique d’un facteur neuroprotecteur, le  GDNF, lui-même induit par la leptine, une hormone désormais bien connue pour réguler la  satiété chez l’homme.


Ces travaux mettent en exergue la capacité des nutriments à moduler le fonctionnement du  second cerveau et le rôle de ce cerveau dans le développement de l’obésité, en particulier  juvénile.  A terme, la prévention de pathologies neurodégénératives digestives voire du  système nerveux central pourrait être modifiée par des approches nutritionnelles.

 

 

 

Références :

1 De l’Unité Inserm U913 de l’Université de Nantes en collaboration avec des chercheurs allemands  (Université de Munich) et de l’UMR Inserm U773

 

Sources :

Diet-induced obesity has neuroprotective effects in murine gastric enteric nervous  system: involvement of leptin and glial cell line-derived neurotrophic factor Charlotte Baudry (1,2,3), François Reichardt (4), Justine Marchix (1,2,3), André Bado (5), Michael Schemann (4),  Stanislas Bruley des Varannes (1,2,3), Michel Neunlist (1,2,3) and Raphaël Moriez (1,2,3).

1 Inserm, U913, Institut Fédératif de Recherche Thérapeutique, IFR26 Nantes, France
2 Université de Nantes, Faculté de Médecine, Nantes, France
3 CHU Nantes, Hôtel Dieu, Institut des Maladies de l’Appareil Digestif, Nantes, France
4 Lehrstuhl fürHumanbiologie, TechnischeUniversitätMünchen, Freising-Weihenstephan, Germany
5 Inserm, U773, Centre de Recherche Biomédicale Bichat Beaujon, UFR de Médecine Paris 7 – Denis  Diderot, IFR02 Claude Bernard, Paris, France


The Journal of Physiology

 

 


Date : 24/01/2012



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édito
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