Qualité de vie et santé au travail
A l’opposé de la Scandinavie, de l’Amérique du Nord et surtout du Canada - modèle ultime- où il existe des well-being managers, ( « managers du bien-être » en traduction française ) la France peine à intégrer la composante « prévention » de la santé, de la qualité de vie ou bien-être au travail.
Stressés... nombreux !
La financiarisation des entreprises s’accroissant, le rapport immédiat à la valeur du travail se déconnecte de la réalité. Intensification, densification, contraintes professionnelles tendent les relations professionnelles alors même que les salariés occupent des bureaux paysagés et climatisés censés être agréables.
Le stress touche d’abord les catégories socioprofessionnelles élevées, particulièrement les cadres supérieurs dont 57% se déclarent stressés. A l’inverse, la catégorie « catégories socioprofessionnelles (–) » ressent moins le stress, sans doute en raison d’un niveau de responsabilités moindre explique l’ANACT.
La liste des pathologies engendrées est longue : troubles musculosquelettiques (TMS), céphalées, désordres digestifs et hormonaux, dépression, diminution des résistances infectieuses, apparition de maladies auto-immunes (polyarthrite rhumatoïde, asthme…), hypertension artérielle, métabolisme lipidique perturbé voire syndrome métabolique évoluant parfois vers un diabète. Ces derniers sont tous des facteurs de risque cardiovasculaire. Par exemple, les chercheurs Dagenais et Théroux (2007 - voir liens utiles) évaluent à 220% le risque de refaire un accident cardiaque dans les deux ans et demi suivant un premier infarctus du myocarde, chez les personnes sous pression professionnelle durable (job strain).
Un coût de 20 milliards d’euros par an
Management plus humain et mondialisation sont, en apparence seulement, contradictoires ; car des salariés « en santé » s’investissent plus, sont plus créatifs, moins absents et surtout beaucoup plus productifs. Toutes les études et les expériences de grandes entreprises -toutes étrangères- le prouvent : ces notions ne sont pas du tout antinomiques.
On ne l’a pas suffisamment compris en France : il ne faut pas opposer la performance économique à la santé des salariés. Une entreprise « en santé » favorise l’efficacité au travail.
La France à la traîne
Quelques leviers la favorisent :
La « Santé Durable ». Kesako ?
Cela exige un management plus humain, qui valorise l’individu et son travail. La Santé Durable recouvre tous les aspects d’un environnement de travail sain. Les entreprises dites « en santé » associent des organisations saines avec des tâches épanouissantes, diversifiées, génératrices d’autonomie, de créativité, sans surcharge de travail, un équilibre vies professionnelle/personnelle... ; et un management qui respecte les personnes et les valorise, leur permettant de construire leur estime de soi, la fierté de l’œuvre réalisée, le sentiment d’apporter son concours à la production, à la réussite de l’entreprise.... A l’inverse, une gestion du travail par le stress, la pression, dans la critique, affaiblit l’estime des individus, les entraîne vers la dépression et altère progressivement leur santé psychologique puis physique.
A quand le Curriculum laboris généralisé ?
De nombreux intervenants au service de la santé des salariés
Nombreux sont les acteurs de la santé au travail.
Au quotidien, les services de médecine du travail ont récemment troqué leur nom pour « Services de santé au travail » (SST), une manière d’aborder enfin l’ère de la prévention des risques professionnels -physiques et psychiques- des salariés. En attendant les moyens humains et financiers…
Trois questions à Philippe Douillet
( département Santé et Travail de l'ANACT (Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail) )
Si un salarié ressent du stress, une violence, une dévalorisation, bref l’une de ces souffrances regroupées sous le terme de Risques Psycho-sociaux, auprès de qui peut-il trouver de l’aide ?
Tenu au secret professionnel, ce dernier peut soit intervenir dans l’entreprise -en concertation avec le salarié- et jouer un rôle plus ou moins discret pour essayer d’améliorer la situation. Il peut alors échanger avec les dirigeants de l’entreprise, les conseiller en soulevant des difficultés individuelles pour aborder une dimension plus collective ou plus organisationnelle. Il peut aussi orienter le salarié vers un professionnel (psychologue etc.), d’autres instances (juridiques etc.) ou assurer lui-même un soutien dans le temps.
Il existe parfois des assistantes sociales car certaines grandes entreprises disposent d’un service social. Auprès d’elles, ce sont généralement des problèmes personnels qui sont évoqués, mais c’est souvent à cette occasion que le salarié en vient à parler de ses difficultés professionnelles. Par ailleurs, quelques grandes entreprises ont ouvert, à l’intention de leurs salariés, des lignes téléphoniques d’écoute avec des professionnels extérieurs à l’entreprise. Cette solution n’est pas la panacée : elle révèle souvent la difficulté d’accès aux moyens internes d’écoute dans l’entreprise. Elle n’est donc pas la réponse la plus efficace pour prévenir la souffrance au travail, mais peut se révéler utile pour soutenir individuellement des personnes en grandes difficultés…
Le médecin du travail ou le CHSCT ne disposent pas de moyens coercitifs. Comment alors agir si la souffrance du salarié n’est pas reconnue ?
La souffrance au travail est de plus en plus connue et reconnue. Les salariés expriment-ils aujourd’hui plus leurs difficultés et ont-ils plus souvent recours à tous ces acteurs qui sont là spécifiquement pour les aider ?
Le sondage mené par l’ANACT en juin 2009 (ANACT – Semaine de la qualité de vie au travail – Mars 2009*) montre que malheureusement les salariés stressés par le travail n’y ont pas vraiment recours. Ils se tournent vers le médecin de ville, et essaient de penser à autre chose (sport...). Globalement, les gens tâchent de s’en sortir par eux-mêmes, de résoudre leurs difficultés seuls, voire en en parlant en famille. Un constat inquiétant, car les salariés qui vont très mal se renferment sur eux-mêmes, ou cherchent un appui en dehors de leur travail. Ils ont le sentiment d’être en danger s’ils en parlent au sein de l’entreprise, ou vivent cette difficulté comme un échec personnel qui les dévalorise.
Source/Auteur : Hélène Joubert
Date : 25/08/2010 Revenir au sommaire
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