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Retraite: bras de fer sur le chantier inachevé de la pénibilité



La grève des gardes des médecins hospitaliers illustre les nombreuses critiques du volet pénibilité de la réforme des retraites, qui ne compense pas les rythmes de travail atypiques ou l'exposition à des produits dangereux, mais que le gouvernement promet d'améliorer.

 

Les praticiens hospitaliers sont appelés à une grève illimitée des gardes à partir de mercredi, demandant que le travail de nuit soit pris en compte pour fixer l'âge de la retraite. Sans impact pour les patients, il y aura des assignations si des médecins font grève, ce mouvement initié par des syndicats d'anesthésistes vise à attirer l'attention sur le dossier de la pénibilité avant le début du débat parlementaire sur les retraites, le 7 septembre. Le gouvernement prévoit que les salariés ayant un taux d'incapacité d'au moins 20% pourront partir à la retraite à 60 ans, sur fond de recul de l'âge minimal de départ à 62 ans.

 

Ce droit bénéficierait chaque année à 10.000 personnes, selon l'exécutif, qui a tranché dans ce dossier après des années de négociations infructueuses entre patronat et syndicats. Qualifié d'"avancée sociale majeure" par le gouvernement, le dispositif essuie cependant de nombreuses critiques."Il faut tenir compte du parcours de chacun et par exemple du nombre de nuits travaillées, parce que des études montrent que ça diminue l'espérance de vie même si ça ne provoque pas d'incapacité", estime Nicole Smolski, président du SNPHAR-e (anesthésistes-réanimateurs). "On fait des gardes même après 60 ans, alors qu'à 53 ans, je ne récupère déjà plus comme avant", témoigne-t-elle.

 

Un avis récent du Conseil économique, social et environnemental (CESE) sur le travail de nuit, qui concerne près de 4 millions de personnes, a souligné ses effets néfastes: troubles du sommeil et de la digestion, risques cardiovasculaires et de cancer accrus. Il demande donc sa prise en compte dans la réforme des retraites, sans préciser de quelle manière. En l'état, le dispositif du gouvernement écarte aussi les salariés exposés à des produits cancérogènes, dont les effets peuvent se manifester des années après le départ en retraite. "Ils ont une espérance de vie réduite, mais pas de traces physiques de cette atteinte", ont souligné dans un texte commun la FNATH (association d'accidentés du travail) et l'Andeva (victimes de l'amiante).

 

Mais pour le ministre du Travail, Eric Woerth, l'approche du gouvernement est la seule possible, parce qu'il n'y a "aucun moyen pour apprécier de façon rigoureuse à partir de quel seuil d'exposition la probabilité d'être malade devient une quasi-certitude". Il a cependant esquissé une ouverture: "nous devons regarder s'il n'est pas possible de mieux répondre aux questions de pénibilité à effet différé", a-t-il indiqué mardi dans le Figaro.Le ministre semble en revanche inflexible sur le seuil très critiqué des 20%.

 

Selon François Guillon, professeur de médecine spécialiste des pathologies professionnelles, ce seuil "n'a aucune pertinence" et "élimine notamment ceux dont l'incapacité permanente est comprise entre 10 et 20% et qui bénéficient pourtant de la loi sur l'emploi des travailleurs handicapés". Mireille Chevalier, médecin du travail, explique qu'"une personne qui a une épaule complètement fichue, du fait d'une maladie professionnelle, n'obtiendra pas le taux de 20%". Le responsable des ressources humaines de Rhodia, Jean-Christophe Sciberras, a lui aussi regretté que le gouvernement ait "placé la barre très haut". Le dossier de la pénibilité est loin d'être bouclé: le gouvernement et la majorité ont promis des amendements lors du débat parlementaire.

Source/Auteur : © 2010 AFP
Archives Jean-Philippe Ksiazek


Date : 01/09/2010



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