Quels sont les risques ?
Avant d’être économique (coût prohibitif de traitements inappropriés), le risque majeur est le risque iatrogène. Dans les cas modérés, il conduit soit à l’arrêt du médicament responsable soit à l’ajustement du traitement ; il conduit dans les cas sévères à l’hospitalisation (128 000 cas) et dans les situations extrêmes à une déclaration aux instances de pharmacovigilance.
Sont engagées la responsabilité du médecin prescripteur qui n’aurait pas pris soin de réévaluer le bien-fondé des traitements prescrits, éventuellement celle du pharmacien, mais aussi celle du malade qui, de son côté, a peut-être ajouté une automédication inavouée à son ordonnance.
Comment se manifeste la polymédication ?
Ingérer trop de médicaments favorise la perte d’appétit et les malaises digestifs. La personne finit par manger moins parce qu’il faut absorber tout son traitement et que cela lui coupe l’appétit !
Les effets les plus fréquents des interactions entre beaucoup de médicaments sont des étourdissements (responsables de chutes), une irritabilité, des allergies, des troubles digestifs, une hémorragie, de la fièvre, une déshydratation, des chutes ou un état confusionnel et une dégradation de l’état général.
Quelques exemples d’associations faisant mauvais ménage : anticoagulants et aspirine (risque d’hémorragies qui motivent 17 000 hospitalisations/an), antalgique (ibuprofène) et antihypertenseur (chute de tension).
Que fait le médecin ?
L’altération inexpliquée de l’état de santé d’une personne âgée met toujours sur la piste d’une éventuelle cause médicamenteuse. Le médecin évalue les bénéfices et les risques de chaque traitement : par exemple, nécessité de traiter un sujet hypertendu parce qu’il risque un accident vasculaire cérébral. Le médecin choisit les prescriptions indispensables et tente de supprimer les médicaments de confort, mais cela n’est pas toujours bien accepté : les antidouleurs attaquent le rein et le foie mais ils rendent la vie plus agréable, voire simplement vivable !
Pour décharger l’ordonnance, on se pose la question du bien-fondé d’un traitement après 70 ans, on hiérarchise les priorités avec le patient, puis on réduit très progressivement les doses pour éviter d’éventuels effets rebonds, particulièrement avec les psychotropes. Il faut savoir adopter des solutions non pharmacologiques aux troubles du sommeil, par exemple, lorsque l’ordonnance est trop longue : massages, musique douce, activité physique diurne suffisante.
On peut renoncer à des diurétiques cependant bénéfiques, si le risque d’une incontinence urinaire compromet le suivi du traitement.
Idéalement, toute nouvelle prescription médicamenteuse chez le sujet âgé s’accompagne de la réévaluation des autres traitements. Il convient de commencer le traitement avec une dose initiale réduite susceptible d’être revue à la hausse en fonction de son efficacité et de sa tolérance. Il est important de fixer une limite de durée au traitement, ce qui permet d’évaluer son efficacité à intervalles réguliers et de repérer les éventuels problèmes.
De quoi faut-il se méfier ?
La multiplicité des intervenants médicaux qui gravitent autour du sujet âgé complique la prise en charge. Il faut éviter la multiplication des intervenants, orienter le patient vers un spécialiste du vieillissement en mesure d’harmoniser les traitements pour éviter les risques d’erreur.
La mauvaise observance fait qu’une prescription est rarement complètement absorbée. Il ne faut pas accuser des médicaments qui ne sont pas pris ! Il faut songer aux oublis de la mémoire défaillante, aux difficultés pour lire les notices et à la confusion entre deux médicaments.
Enfin, il ne faut pas diaboliser les médicaments qui rendent de très grands services, ils demandent seulement une très grande réflexion et un suivi très étroit chez les personnes âgées.
Source/Auteur : Monique CHARRON
en collaboration avec le Dr. Sophie DUMERY
Date : 03/07/2009
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