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La fibromyalgie



L’Académie de médecine reconnaît la fibromyalgie et son caractère douloureux altérant la qualité de vie. Si l’accord parait aujourd’hui général sur la réalité de ce syndrome douloureux chronique et même sur sa fréquence, des doutes persistent à s’exprimer sur la légitimité d’en faire une maladie, avec les conséquences médico-sociales qui peuvent en résulter, justifiant une mise en invalidité systématique.

 

L’ACADEMIE RECOMMANDE

 

La Fibromyalgie correspond à une entité clinique, fonctionnelle, faite de douleurs diffuses chroniques apparemment inexpliquées. Ce syndrome ne correspond pas à une maladie mais doit être évoqué sans polémique sur sa nature, pour éviter les examens et traitements inutiles. Il ne peut être retenu qu’après avoir éliminé des pathologies organiques avec lesquelles il peut être confondu ou associé.

 

Les patients, dont l’approche est souvent complexe et la prise en charge difficile, ne doivent pas être rejetés, mais au contraire pris en charge de façon individualisée et le plus souvent multidisciplinaire (rhumatologue, psychiatre, rééducateur….).

 

Il n’existe pas de profil psychologique spécifique, ni de preuve permettant de rapporter ce syndrome à une origine uniquement psychogène. Un contexte de tension émotionnelle, d’anxiété et de dépression est cependant constant et impose une prise en charge particulière.

 

Le diagnostic de fibromyalgie annoncé et expliqué au patient, n’aggrave pas ses troubles, qui peuvent exister indépendamment de la recherche d’une reconnaissance médicale et sociale ou de compensations financières.

 

Les troubles fonctionnels ne correspondent à aucune anomalie objective des structures de l’appareil locomoteur. Ils ne peuvent être responsables d’un handicap définitif ni de lésions fixées Le diagnostic de fibromyalgie n’implique donc pas par lui-même l’obtention d’une mise en invalidité ni les avantages d’un statut d’affection de longue durée.

 

Il convient cependant, d’éviter une attitude trop dogmatique. En effet, la diversité des présentations cliniques forme un spectre continu allant des formes les plus discrètes aux formes les plus sévères. Ces dernières, peu fréquentes, peuvent justifier à titre individuel et après avis d’expert la prise en charge qui convient aux maladies invalidantes, permettant d’adapter le traitement aux besoins du patient.

 

Dans tous les cas, le maintien d’une activité professionnelle est souhaitable et doit tenir compte de la gêne fonctionnelle, en adaptant le poste et les horaires de travail.

 

Des recherches sont encore indispensables  pour mieux comprendre l’origine des douleurs et des nombreuses plaintes de ces patients, et améliorer la prise en charge thérapeutique. Il en est ainsi :

 

- des bienfaits de la rééducation qui sont certains, mais des programmes appropriés et des thérapies cognitives et comportementales, doivent être mis au point, parallèlement aux programmes d’éducation.
 
- des formes de l’enfant, des formes de l’homme, des formes associées à l’arthrose, à l’obésité, à d’autres maladies auto-immunes ou virales, et des formes familiales, qui doivent faire l’objet d’études cliniques complémentaires.

 

- des études génétiques qui doivent être poursuivies, celles qui portent sur le polymorphisme des gènes des systèmes sérotoninergiques et des catécholamines ayant donné des résultats intéressants. Il faut y associer la prise en compte d’éventuels facteurs d’environnement.

 

- de l’imagerie cérébrale qui, en montrant des anomalies du contrôle de la sensibilité par le système nerveux central, a permis de progresser dans la compréhension de ce syndrome polyalgique diffus, mais dont les résultats doivent être confirmés, et précisés quant à leur signification.

 


Lire le rapport intégral

 

 

REPERES

  • L’existence d’états douloureux chroniques sans substratum organique et sans explication plausible est connue de longue date et signalée depuis le XIXème siècle.
  • C’est en 1977 que deux Canadiens, SMYTHE et MOLDOFSKY, ont créé le terme de fibromyalgia – fibromyalgie (FM)
  • On a avancé les taux de 2% dans la population adulte américaine et de 1,3% en Europe. Les femmes  entre 30 et 50 ans constituent plus de 80% des cas, mais l’homme, l’enfant et l’adolescent peuvent également être touchés.
  • La symptomatologie est assez univoque, dominée par des douleurs musculaires diffuses accompagnées d’une fatigue souvent intense et de troubles du sommeil, dans un contexte d’anxiété et de dépression.
  • Le syndrome fibromyalgique ne peut pas être assimilé à une maladie psychiatrique caractérisée ; ses liens avec les maladies psychiatriques n’en sont pas moins indéniables (dépression, anxiété)
  • L’évolution de la FM est chronique, et peu sensible aux mesures mises en Å“uvre pour la combattre.
  • A différencier du syndrome de fatigue chronique (SFC), décrit comme un état d’asthénie datant d’au moins six mois, sans cause, non atténué par le repos et entraînant une baisse de plus de 50% de l’activité quotidienne. Symptôme dominant, la fatigue s’accompagne de douleurs articulaires et musculaires, de troubles du sommeil, de céphalée, de troubles cognitifs, de fébricule, de douleur pharyngée et d’adénopathies cervicales.
  • Les résultat de l’imagerie cérébrale permettent de concevoir, sans plus de précision dans l’immédiat, les centre nerveux supraspinaux comme origine commune de tous ces éléments : anomalies de la perception douloureuse, troubles du sommeil, fatigue, troubles cognitifs, anxiété, dépression. Face à cette piste physiopathologique privilégiée, les hypothèses neuroendocriniennes de la fibromyalgie, nombreuses et anciennes, paraissent aujourd’hui dépassées.
  • Les thérapies cognitives et comportementales ont montré leur efficacité en terme de douleur, de fonction, de fatigue, d’humeur dans des études randomisées et contrôlées.


Source/Auteur : Académie de Médecine


Date : //



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Interview
QUESTIONS AU Pr Charles-Joël Menkès, rapporteur

 

 

Pour nous, ce syndrome douloureux est une réalité clinique, et sa fréquence est reconnue. Il concernerait de 2 à 5 % de la population, surtout des femmes, ce qui n’est pas  négligeable. Mais, actuellement, on ne  saurait en faire une maladie, avec les conséquences médico sociales en résultant. La fibromyalgie, qui figure dans la classification internationale des maladies de l’OMS à la fois au titre de l’appareil locomoteur et des affections psychiatriques, est une maladie bien imprécise…

 

Une identification encore trop floue …
Il s’agit d’une affection subjective, sans substrat anatomique ni signe biologique caracté
ristique. Il n’existe même pas de profil psychologique spécifique, ni de preuve d’une possible origine exclusivement psychogène. D’ailleurs, dès qu’on parle de psychiatrie, les patients ont l’impression qu’on nie leurs troubles et qu’on les rejette.

 

On a pourtant longtemps parlé de troubles fonctionnels…
Depuis J.-M. Charcot, le pionnier, jusqu‘aux années 70, ces états douloureux chroniques ont été répertoriés comme troubles psychosomatiques. Aujourd’hui, nous savons que, si les problèmes psychiatriques sont constants, avec des éléments dépressifs et anxieux, ils ne sauraient à eux seuls résumer ce syndrome, même s’ils doivent toujours être pris en charge.

 

La fibromyalgie  est devenue un objet de recherche…
Depuis que les canadiens Smythe et Moldofsky ont créé le terme, en 1977, ce syndrome a été largement étudié. Un grand pas a été franchi avec la mise au point par l’American College of Rheumatology, en 1990, de critères de classification, permettant de regrouper les patients pour des études cliniques et thérapeutiques. C’est une aide précieuse pour le clinicien qui se retrouve devant un patient sans lésion anatomique, sans signe biologique caractéristique, sans explication physiopathologique avérée, sinon une douleur diffuse et un état de mal-être, même si les points douloureux à la pression n’ont pas tenu leurs promesses. Aujourd’hui, l’imagerie fonctionnelle cérébrale oriente vers une anomalie de la sensibilité douloureuse au niveau central. Et la génétique nous aidera un jour à mieux comprendre le mécanisme et les formes familiales de ce syndrome.


Il n’y a pas de traitement miracle…
Après avoir éliminé par un examen approfondi les autres causes de douleurs diffuses, nous en sommes encore réduits aux antalgiques et aux anti-dépresseurs. Les anti-épileptiques sont intéressants, mais l’offre médicamenteuse ne permet le plus souvent qu’un soulagement incomplet. D’autres stratégies thérapeutiques, comme la rééducation et les thérapies comportementales, ont fait leurs preuves et sont systématiquement associées.

 

Vous recommandez une prise en charge pluridiscinaire
Les patients, d’approche souvent difficile, doivent être pris en charge de façon individualisée et multidisciplinaire (rhumato- logue, interniste, psychiatre, rééduca- teur….). Nous sommes aussi partisans d’expliquer les troubles plutôt que de laisser croire qu’il s’agit d’une maladie grave.

 

Pas de handicap, pas d’invalidité…
Les formes les plus sévères, peu fréquentes, peuvent justifier à titre individuel et après avis d’expert, la prise en charge qui convient aux maladies invalidantes. Mais, en général, les troubles fonctionnels ne correspondent à aucune anomalie objective de l’appareil locomoteur. Le diagnostic de fibromyalgie n’implique pas en soi une mise en invalidité ni les avantages d’un statut d’affection de longue durée. Au contraire, le maintien d’une activité profes sionnelle est souhaitable, à condition de tenir compte de la gêne fonctionnelle et en adaptant le poste et les horaires de travail.

Académie de Médecine

édito
Les rendez-vous de l'Académie
Nationale de Médecine 2009

 

Il y a plusieurs années que l’Académie s’ouvre à d’autres moyens de réflexion et de communication : Séminaires sur le fœtus ou l’erreur médicale, Journées du Livre, Rencontres de circonstance, mais aussi ouverture vers un public plus large, qui demande à être informé. Je voudrais institutionnaliser ces moments qui nous enrichissent tous et confortent l’Académie de médecine dans son plus beau rôle au chevet de la santé publique.

Géraud Lasfargues, Président pour 2009
 

CONFERENCES 2009


Tous les mardis de 14 h à 14 h 45 , avant la séance.


Mardi 16 juin
Santé et environnement. Les enjeux éthiques
par Alain GRIMFELD – Président du Comité Consultatif National d’Ethique.


Mardi 27 octobre
Une leçon d’anatomie au tableau noir. De la morphogenèse à la morphologie 
par Maurice LAUDE – Professeur d’Anatomie et Organogenèse – Membre correspondant de l’Académie nationale de médecine.


Mardi 17 novembre
La transmission d’un caractère culturel : les dynasties de scientifiques
par Michel HAU – Professeur d’Histoire moderne et contemporaine à la Faculté des Lettres de
l’Université de Strasbourg.

Académie Nationale de Médecine


Articles en cours de révision.
Certaines références vont être ajoutées prochainement.