Deux interactions à connaître
1. Gare aux aliments riches en vitamine K
Les brassicacées (choux, brocolis, épinards …), l’avocat, le persil, la laitue, le thé vert et les abats regorgent de vitamine K. Ils sont donc à consommer avec parcimonie (pas plus d’une portion “raisonnable“ quotidienne, en limitant les variations soudaine de consommation) si l’on prend en même temps des médicaments anticoagulants oraux (antivitamines K au long cours) pour fluidifier le sang.
En diminuant l’efficacité des anticoagulants, ces aliments font courir le risque de thrombose.
2. Attention aux agrumes
Le jus de pamplemousse, celui des oranges de Séville et des tangelos contient deux flavonoïdes (naringine et naringenine) qui inhibent :
- une isoenzyme de cytochrome P450, le CYP3A4, très impliqué dans le métabolisme de nombreux médicaments,
- et une protéine intestinale (la p-glycoprotéine).
a - Cette inhibition provoque l’augmentation des concentrations sanguine de médicaments tels que la ciclosporine (immunosuppresseur utilisé contre les rejets de greffe) avec un risque de dommages rénaux.
A noter : un verre de jus de pamplemousse triple les niveaux de ciclosporine
b - Elle augmente aussi le niveau sanguin de certaines statines utilisées pour abaisser le cholestérol sanguin : simvastatine, atorvastatine dans une moindre mesure. Le risque de provoquer une atteinte musculaire profonde à cause des agrumes reste cependant théorique chez les personnes traitées. En général il s’agit de simples douleurs musculaires. De même le risque d’insuffisance rénale grave par interaction pamplemousse/statine reste théorique.
A noter : Un jus de pamplemousse pris en même temps que la simvastatine peut multiplier par 15 l’absorption du médicament.
c - La concentration plasmatique de certains antihypertenseurs inhibiteurs calciques peut aussi s’élever (felodipine, nisoldipine par exemple) avec un risque d’hypotension principalement.
A noter : Un verre de jus de pamplemousse augmente le pic plasmatique de la félodipine d'en moyenne 300 %, de la nisoldipine d'en moyenne 500 %.
d - Un verre de jus de pamplemousse peut augmenter :
- les niveaux de terfénadine (antihistaminique) de 450 %.
- les niveaux d'éthinylestradiol (estrogène des pilules contraceptives),
- de midazolam (benzodiazépine : psycholeptique, sédative)
- de l'agent antiviral saquinavir.
De plus, les agrumes (citron, pamplemousse, orange) doivent être évités avec les anti-inflammatoires ou l'aspirine, sous peine de majorer voire de déclencher des brûlures d'estomac ou des reflux acides.
Trois conseils en pratique
1- éviter de boire un jus de pamplemousse dans les deux heures qui précèdent la prise de médicaments,
2- limiter sa consommation à moins d’un quart de litre par jour,
3- avaler ses anti-inflammatoires au milieu du repas.
Source/Auteur : Hélène JOUBERT avec le Pr Bruno LACARELLE, faculté de pharmacie de Marseille, laboratoire de pharmacocinétique et de toxicologie, (CHU La Timone, Marseille), expert auprès de l’AFSSAPS
Date : 23/12/2009
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