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mardi 07 février 12 -
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IVG : un parcours toujours difficile

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L'IVG : de quoi parle-t-on ?


Même si la meilleure façon de ne pas avoir à demander une interruption volontaire de grossesse (IVG) est d’avoir une contraception (au long cours ou d’urgence) efficace, un accident peut toujours arriver. Ainsi, 210 000 IVG environ sont pratiquées chaque année. Droit fondamental pour les femmes, l’IVG n’est plus assimilée à un délit, mais elle reste un parcours difficile, tant du point de vue physiologique que psychologique.

 

Les conditions pour pratiquer l’IVG


Depuis la loi du 4 juillet 2001, une IVG peut être pratiquée légalement à la demande de la femme concernée jusqu’à 12 semaines de grossesse (et non d’aménorrhée, c’est-à-dire d’absence de règles). En cas d’incertitude sur l’âge de la grossesse (cycles irréguliers ou date des dernières règles inconnue), une échographie peut être réalisée.
Deux consultations avec le médecin sont nécessaires avant toute IVG, avec un délai de réflexion d’une semaine entre les deux.
La première consultation doit avoir lieu le plus tôt possible ; elle permet non seulement de déterminer la technique utilisée, mais aussi de dépister d’éventuels problèmes de santé (maladies sexuellement transmises, dont le virus du sida ou de l’hépatite B). Un frottis du col de l’utérus peut aussi être fait.
Pour les mineures, la loi du 4 juillet 2001 a assoupli l’obligation d’autorisation parentale. Même si le consentement d’un des représentants de l’autorité parentale est souhaitable, une jeune fille mineure peut garder le secret et se faire accompagner par une personne majeure de son choix lors de sa demande d’IVG.
Entre les deux consultations avec le médecin, une consultation psychosociale est systématiquement proposée : mais elle n’est plus obligatoire pour les majeures.
À l’issue des deux consultations médicales, un certificat de consultation est établi si le centre qui pratiquera l’IVG diffère du lieu des consultations. Si le choix de la méthode se porte sur l’aspiration de l’embryon, une consultation préanesthésique est nécessaire avant toute intervention.

 

En cas de viol ?

 

Les démarches à effectuer pour procéder à une IVG sont les mêmes. Néanmoins, si le délai de 12 semaines de grossesse est dépassé et que l’enquête montre qu’il s’agit effectivement d’un viol, on pourra procéder à un avortement : on parlera alors d’interruption thérapeutique de grossesse. Cela implique que la femme porte plainte. C’est dans son intérêt immédiat et ultérieur.

 

Deux méthodes pour une IVG


L’IVG peut se pratiquer de deux façons selon l’âge de la grossesse, l’état de santé et les préférences personnelles : la méthode instrumentale (par aspiration du contenu utérin) ou la méthode médicamenteuse (qui vide l’utérus).
Dans le premier cas, l’aspiration du contenu de l’utérus se fait sous anesthésie locale ou générale. Cette méthode, applicable quel que soit l’âge de la grossesse (et dans la limite des délais légaux), se réalise en milieu hospitalier (public ou privé autorisé) dans la journée. Elle nécessite une dilatation préalable du col de l’utérus pour introduire une canule d’aspiration d’un diamètre adapté à l’âge de la grossesse. Un médicament pris le jour même, quelques heures ou quelques jours avant l’intervention, facilite l’ouverture du col utérin.
La deuxième méthode  peut se pratiquer aussi dans un cabinet médical de ville, elle requiert l’administration de deux médicaments à 2 jours d’intervalle. Cette méthode est possible jusqu’à 7 semaines de grossesse. Le premier médicament, la mifépristone (RU-486), est une antihormone de grossesse qui s’oppose à l’implantation de l’embryon et favorise l’ouverture du col de l’utérus. Un saignement peut survenir après la prise de ce premier médicament, mais cela ne veut pas dire que la grossesse est arrêtée.
Deux jours plus tard, un autre médicament de la classe des prostaglandines (misoprostol le plus souvent), pris oralement ou par voie vaginale, provoque des contractions de l’utérus et l’expulsion de son contenu, qui se manifeste par des saignements plus abondants que des règles normales.
La prise du deuxième médicament se fait généralement au cours d’une hospitalisation courte de quelques heures, mais certains centres délivrent les prostaglandines pour les prendre à domicile, donc sans hospitalisation. Un traitement contre la douleur provoquée par les contractions est souvent proposé parce qu’un avortement fait mal : il faut penser à le réclamer.

 

La vérification de l’IVG


Pour s’assurer que l’interruption a bien eu lieu et qu’elle est bien complète, une visite de contrôle est indispensable dans le mois qui suit l’IVG en cas d’aspiration, et dans les 12 jours en cas d’interruption médicamenteuse.
Dans tous les cas, une prise de sang permet de vérifier si le groupe sanguin est Rhésus négatif. Dans ce cas, la femme doit recevoir une injection de gammaglobulines anti-D pour éviter des complications lors d’une prochaine grossesse : l’immunisation contre un fœtus ultérieur Rhésus positif.

 

Les risques et inconvénients de l’IVG selon la méthode choisie


Comme toute intervention, une IVG comporte des inconvénients et certains risques exceptionnels. Ceux-ci varient selon l’état général, les antécédents, les traitements en cours avant l’intervention.
Les principales complications de la méthode par aspiration sont la perforation utérine lors de la dilatation du col ou lors de l’aspiration, la déchirure du col de l’utérus et l’hémorragie pendant l’aspiration. Ces complications représentent moins de 1 % des cas en service médical spécialisé. En revanche, les avortements clandestins sont toujours propices à de tels dangers. Très exceptionnellement, des plaies graves des organes internes de l’abdomen peuvent se produire et nécessiter la réalisation dans le même temps opératoire d’une cœlioscopie, voire d’une ouverture de l’abdomen.
L’aspiration n’est pas parfaite, une infection utérine est possible de même qu’un « raté » : une rétention ovulaire ; c’est-à-dire que la grossesse se poursuit.
Les principaux inconvénients de la technique médicamenteuse sont l’hémorragie trop abondante qui peut nécessiter une aspiration ou un curetage de l’utérus en urgence, d’où l’importance d’une surveillance vigilante de son état par la femme elle-même. Une rétention d’une partie de l’œuf ou la persistance de la grossesse se voit dans moins de 5 % des cas. En cas de rétention totale ou partielle de l’œuf-embryon, une aspiration peut être nécessaire pour évacuer de l’utérus les fragments restants.

 

Avorter n’est pas un acte anodin


Dans le cadre d’une prise en charge médicalisée correcte, les risques encourus sont très faibles comparés aux drames récurrents des avortements clandestins. Mais, quelle que soit la technique, les manœuvres abortives comportent un risque de stérilité plus ou moins prononcée par cicatrisation imparfaite de l’utérus, outre les risques d’hémorragie grave, de septicémie voire de décès.

 

Le conseil primordial


Après une IVG, une consultation en urgence s’impose en cas de fortes douleurs abdominales, de fièvre égale ou supérieure à 38 °C, de saignements plus abondants que des règles, de pertes vaginales malodorantes ou de malaise.

 


Trois questions au Dr Marc-Alain Rozan, président du Syngof.

 

 

 

1- L’allongement du délai de 10 à 12 semaines a-t-il eu une influence sur le nombre d’IVG pratiquées en France ?

 

Non, la loi du 4 juillet 2001 a certes permis aux femmes d’avoir un peu plus de temps pour faire une IVG, mais il n’y a pas eu pour autant d’augmentation significative de leur nombre.

 

2- Combien y a-t-il de centres d’interruption volontaire de grossesse en France ?


Il y a autant de centres d’IVG que de maternités. De plus, chaque établissement qui souhaite en ouvrir un peut obtenir l’autorisation dans la mesure où il a du personnel compétent. Maintenant qu’il est possible de faire une IVG chez son médecin de ville, il y a évidemment davantage de centres d’IVG. En Île-de-France, par exemple, il y en a environ une centaine.

 

3- Pourquoi certaines femmes vont-elles à l’étranger pour avorter ?

 

Tout simplement parce qu’elles s’aperçoivent trop tard de leur grossesse : par exemple, il peut arriver qu’elles continuent d’avoir ce qui ressemble à leurs règles alors qu’elles sont enceintes… D’autre part, une majorité de femmes habitant à quelques kilomètres de la frontière (avec la Belgique, par exemple) préfèrent s’y rendre pour des raisons de coût et de facilité. C’est moins cher et elles n’ont pas besoin d’attendre le délai de 8 jours entre deux consultations imposé par la loi française.


L’IVG côté psy

Faire une IVG, c’est une décision lourde, qui laisse souvent des séquelles au niveau psychologique. Jusqu’en 2001, l’entrevue avec une psychologue était obligatoire. Dorénavant, cet accompagnement psychologique n’est plus obligatoire pour les femmes majeures, mais il l’est toujours pour les mineures. Il peut s’effectuer au sein des maternités, en PMI ou au planning familial.

C’est important, quand on sait que la chute hormonale consécutive à l’IVG peut provoquer un moment de flottement voire une vraie dépression (baby blues), qui ne fait que s’ajouter aux soucis et pressions qui ont le plus souvent conduit à l’avortement.

 


Source/Auteur : Marie BAZET, en collaboration avec
le Dr Marc-Alain ROZAN, président du Syngof (Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France)
Date : 17/09/2008


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